Un jour alors que j’avais une gros coup de cafard, j’ai posé une question sur un forum.
Il s’agissait d’avoir les avis et de connaître les sentiments des personnes qui avaient « tout claqué » pour vivre dans une autre région ou un autre pays. Une amie m’a alors répondu. En relisant cela près d’1 an 1/2 plus tard, je constate qu’elle a raison sur plusieurs points.
Comme tu le sais, je suis une ancienne expatriée. J’ai quitté mon boulot et je me suis mariée pour accompagner mon mec au Gabon où il a fait son VSNA (Volontaire du Service National Actif) pendant quinze mois. Nous sommes rentrés avec notre fille aînée, conçue, attendue et pondue là-bas ; il a fait divers remplacements ici et là en France, puis nous sommes repartis quinze mois plus tard avec notre puce, pour deux contrats de deux ans au Congo Brazza dans le cadre de la coopération, au cours desquels nous avons eu notre seconde fille. Donc, près de cinq ans et demi en Afrique équatoriale…
Alors, évidemment, il y a l’éloignement : la famille, les amis, le boulot. Mais aussi la perte d’une multitude de petites choses quotidiennes qui ne prennent tout leur sens que lorsqu’on en est privé : pas de printemps et pas de fromage, ça finit par manquer aussi !
Dans l’autre plateau de la balance, il y a tout ce que l’on découvre jour après jour, en douceur ou violemment. Comme je te l’ai écrit quand tu es partie, je pense qu’il n’y a qu’une attitude possible : s’ouvrir au maximum, tout accepter, tout absorber sans juger, et s’efforcer de comprendre, comprendre, comprendre.A part ça, quand on est expatrié, on doit un jour ou l’autre se frotter à un colossal problème : les expatriés. La plupart sont tout simplement puants. Confits dans leur supériorité de gens friqués, « civilisés », eux qui n’auraient été que des gens fort ordinaires s’ils étaient restés chez eux. Nous, nous avons eu la chance de ne pas avoir eu à les subir au quotidien, mais ils n’en appartiennent pas moins à mes plus mauvais souvenirs.
Au final, j’ai pu constater que lorsque j’étais là-bas, la France me manquait, bien sûr. Mais que lorsqu’on revenait pour les vacances, l’Afrique me manquait. Nous sommes rentrés définitivement en 1990, et l’Afrique me manque toujours autant. J’ai un peu l’impression de ne plus être de nulle part, ou plutôt, d’être tiraillée entre deux continents, d’être d’ici et de là-bas…


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